Le lac d’Ohrid : le nouveau membre de la famille Ramsar des zones humides d’importance internationale

Le lac d’Ohrid, un lac vieux de 5 millions d’années au cœur des Balkans occidentaux, abrite des monuments historiques et des trésors écologiques ainsi que plus de 300 espèces endémiques.

Avec plus de 130 000 personnes vivant sur ses rives, le lac d’Ohrid est un trésor naturel qui mérite d’être protégé. En reconnaissance de sa valeur unique, il vient d’être désigné comme zone humide d’importance internationale par la Convention de Ramsar.

Parallèlement, le plan de gestion du bassin versant du lac Ohrid récemment adopté, qui est le deuxième plan de gestion transfrontalier des Balkans occidentaux conformément à la directive-cadre sur l’eau (DCE) de l’Union Européenne, comprend plus de 100 mesures concrètes visant à protéger ses ressources naturelles.

 

La ville d’Ohrid, en Macédoine du Nord. Photo : © 2S Studio.

 

Les caractéristiques uniques du lac d’Ohrid

Le lac d’Ohrid est l’un des plus anciens et profonds d’Europe avec une profondeur maximale de 290 mètres. Situé dans une région montagneuse, il est à cheval sur la partie sud-ouest de la Macédoine du Nord et la partie orientale de l’Albanie. Il se situe à 693 mètres au-dessus du niveau de la mer et couvre une superficie de 358 km2. Son régime hydrologique est dominé par l’apport d’eau du lac Prespa voisin via des aquifères karstiques, tandis que son écoulement se fait par la rivière Black Drin dans la ville de Struga.

 

Ceinture de roseaux près de la ville de Struga, Macédoine du Nord. Photo © 2S Studio

 

Un écosystème aquatique unique, source de vie et d’économie

Avec un âge estimé entre 2 et 5 millions d’années, le lac d’Ohrid est un lac oligotrophe profond, dominé par le bicarbonate de calcium, représentant un écosystème aquatique unique. Sur les 1 200 espèces animales recensées, 212 y sont considérées comme endémiques. L’importance du lac est encore soulignée par son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979 (partie Macédoine du Nord) et 2019 (partie Albanie).

 

La zone humide de Drilon à Pogradec, Albanie. Photo : © 2S Studio

 

Près de 131 000 personnes vivent sur les rives du lac qui, avec toutes ses commodités et ses atouts, soutient des activités économiques telles que la pêche, l’agriculture, l’énergie hydroélectrique et le tourisme. En fait, le tourisme est l’une des principales activités de la région, faisant du lac d’Ohrid le plus important centre touristique de Macédoine du Nord.

 

L’évaluation des services écosystémiques du lac d’Ohrid est l’un des principaux traveaux ayant servi de base à l’élaboration du plan de gestion du bassin versant du lac . Pour plus d’informations, veuillez visiter ce lien : https://www.gwp.org/en/GWP-Mediterranean/WE-ACT/News-List-Page/2021/valuing-lake-ohrid/

 

Des années d’efforts pour protéger le lac et ses trésors uniques

Depuis près de vingt ans, d’importants actions et accords ont été déployés pour protéger le lac et ses caractéristiques uniques. Le 17 juillet 2004, les deux pays partageant le bassin versant du lac d’Ohrid ont signé un « Accord entre le Conseil des ministres de la République d’Albanie et le gouvernement de la République de Macédoine du Nord pour le développement durable du lac Ohrid et de son bassin versant », qui a été ratifié par les parlements respectifs en 2005. L’accord stipule que les deux parties sont conscientes de la nécessité d’une approche holistique de la protection de la qualité de l’eau et de la conservation de l’intégrité des écosystèmes terrestres et aquatiques du bassin versant du lac d’Ohrid.

Conformément à l’article 7 de l’accord, un comité bilatéral conjoint du lac d’Ohrid a été créé, premier organe conjoint transfrontalier de ce type dans les Balkans occidentaux. Il a fonctionné sans heurts pendant plusieurs années avant de devenir inactif, puis est redevenu opérationnel en janvier 2020, principalement grâce au projet GEF Drin.

 

Un plan de gestion intégrée : le chaînon manquant

La flore et la faune uniques, les habitats et les écosystèmes fragiles du lac d’Ohrid, ainsi que les services écosystémiques qu’ils fournissent à la société et à l’économie, sont confrontés à certaines menaces. Des pressions telles que le développement urbain, l’agriculture intensive, la déforestation, le déversement illégal de déchets, la surpêche et la pollution ont entraîné un mauvais état des eaux, l’eutrophisation, la diminution des stocks de poissons et la destruction des habitats. En conséquence, un certain nombre d’espèces, dont l’emblématique truite d’Ohrid, sont menacées et les avantages dont bénéficient les sociétés sont également compromis.

Le chaînon manquant pour une protection efficace était l’absence d’un ensemble concret de mesures, formant un plan spécifique accepté par les deux pays et permettant de relever de manière intégrée les défis environnementaux auxquels le lac est confronté.

 

Un pont en bois sur la zone humide du Drilon à Pogradec, en Albanie. Photo: © 2S Studio

 

Le projet GEF Drin « Activation de la Coopération transfrontalière et Gestion Intégrée des Ressources en Eau dans le bassin du fleuve Drin », mis en œuvre par le PNUD et exécuté par GWP-Med, s’est fixé dès sa mise en œuvre en 2016 de développer un plan de gestion du bassin versant transfrontalier pour le lac d’Ohrid, l’une des interventions pilotes du projet.

En 2018, un processus de consultation a débuté avec l’engagement de toutes les parties prenantes et institutions concernées d’Albanie et de Macédoine du Nord, impliquant des réunions avec des responsables gouvernementaux et des entreprises locales, des réunions de groupes témoins et de groupes d’experts, ainsi que de consultations nationales dans les deux pays. Un an plus tard, la première surveillance couvrant l’ensemble du bassin a été mise en œuvre, afin de recueillir des données scientifiques et d’évaluer l’état écologique du lac, ainsi qu’une analyse économique et une évaluation de ses services écosystémiques.

 

Campagne de surveillance transfrontalière du lac Ohrid. Photo: © D. Panovski

 

En novembre 2020, le plan de gestion du bassin versant du lac d’Ohrid (LOWMP) a été approuvé par les autorités de Macédoine du Nord et d’Albanie. Le LOWMP vise à permettre la gestion durable des ressources naturelles du lac d’Ohrid. Son programme comprend plus de 100 mesures destinées à prévenir toute nouvelle détérioration des ressources en eau et des écosystèmes, à promouvoir une utilisation durable de l’eau, à améliorer la qualité des ressources en eau et des écosystèmes et à contribuer à l’atténuation des inondations et des sécheresses dans la région. Il s’agit seulement du deuxième plan en Europe du Sud-Est élaboré conformément à la directive-cadre sur l’eau de l’UE. Il est conforme à la législation nationale et a été délibéré par le comité bilatéral du bassin versant du lac Ohrid, composé de représentants politiques des deux pays.

 

Le chemin de la protection se poursuivra

La mise en œuvre du programme de mesures défini par le LOWMP commencera progressivement avec le soutien des parties prenantes et des autorités locales, ainsi que des ministères concernés de la Macédoine du Nord et de l’Albanie. Deux séries principales d’actions seront lancées, en mettant l’accent sur les solutions naturelles pour l’eau et la protection des zones humides et des ceintures de roseaux restantes dans le bassin versant.

 

Ceinture de roseaux près de la sortie de la rivière Drin du côté du lac, Macédoine du Nord. Photo: © 2S Studio

 

Avant tout, la récente désignation du lac d’Ohrid comme zone humide d’importance internationale (site Ramsar) constitue une reconnaissance internationale de sa valeur naturelle unique. C’est un signe encourageant qui vient renforcer les efforts actuels pour protéger la vie, les masses d’eau, les zones humides et la qualité de l’eau du lac, ainsi que la multitude d’avantages qu’il procure à des milliers de résidents, de visiteurs et aux générations à venir. Enfin, le plan de gestion du bassin versant du lac d’Ohrid contribuera à répondre aux obligations découlant de la Convention de Ramsar.